french below

To find an equivalence of the radicality of Shanta Rao’s work, we might have to go back to the 16th Century, to Bernard Palissy, a potter who was also a pioneer in the theory of agronomy, fossilizations and hydraulics. Palissy attempted for sixteen years to imitate unsuccessfully Chinese porcelain. It is through his multiple positions of failures and innovation that he began experimenting with casting from life, plants and animals, for his Rustic Ceramics. Just as the decomposition of organic matter gave life to Palissy’s knowledge of fossils, Rao wrests from the structural integrity in the programming language as a gateway to get down to the matter of things, in search of knowledge yet to emerge. Forget material obsolescence of the Internet age. Rao’s work is interested in the utility of things to come.

Images of chaos, of natural disasters, reemerged as chaos, buckle under the contact of matters (such as ink on rubber). Rao’s works fluctuate between the illusion of deep space and the tactile quality of the surface. Derived from matrixes of images based on the primary form of a pixel, her works define and defy this mutability with black on black ink, pitting matte against shiny surfaces and images which, by means of porousness, interpenetrate, and absorb one another, in between the abstract and the concrete fields. As putrefaction gave Palissy the grounds for producing objects as images, and images as objects, Rao injects instability in the status of an original form which propagates into other forms, in other words, lesions, as art should be.

Jo-ey Tang, artist, independent curator (formerly of Palais de Tokyo, Paris) and art critic (Artforum.com, Flash Art, Kaleidoscope Asia, LEAP), 2016

"Slight gradations of tone and texture flicker across the exquisite surfaces of Rao’s untitled abstractions (all works 2015), which are wrought from silk-screen impressions and punched indentations on rubber, linoleum, heavy black paper, or copper sheeting. Technically prints, they are also translations wherein the coded information of a pixel is reconstituted as a mark, and in the movement between these modes a poetic charge accrues (…)"

Phil Taylor for Artforum.com, 2015

Shanta Rao reroutes the trajectory of originary forms. The cyclical nature of re-approaching the primary state of a code or a pixel disrupts the idea of finitude to welcome a reflection of evolution and becoming. Using an at once computerized and physical process as a territory of mutation, she injects instability into the status of sources—text, sound and image—and the possibility for them to pursue itineraries freed from their original field and to propagate in new forms through different techniques: pixels act as particles hitting copper plates; flat ink absorbs dot-matrix images; digitized Hertzian frequencies turn into soft matter; drawing gestures become video signals; musical compositions emboss and perforate rubber and silicon surfaces; literary texts become numerical signs, and then pictorial abstractions. Change of language, change of form, change of matter. Functioning in an autonomous way, as part of installations, her art is a combinational practice located at the point of convergence between the abstraction of digital coding and the concrete world. It opens to the question of the origin and the biological program in which it would be possible to re-inject ambivalence and possibility.

french

Pour trouver un équivalent à la radicalité de l’œuvre de Shanta Rao, il faudrait se tourner vers le XVIe siècle de Bernard Palissy, un potier précurseur en recherche agronomique, hydraulique et dans l’étude des processus de fossilisation. Palissy tenta sans succès pendant seize ans d’imiter la porcelaine chinoise. C’est avec ses céramiques rustiques entre ratage et invention, qu’il expérimenta le moulage d’après nature de la faune et la flore comme processus créatif et non simple opération de reproduction. De la même manière que la décomposition de la matière organique et l’étude des fossiles ont permis à Bernard Palissy l’accès à la connaissance du vivant, Rao dévoie la structure même du langage de programmation informatique pour se frayer un passage vers l’essence matérielle des choses, en quête d’une connaissance encore souterraine. Oublions l’obsolescence des objets de l’Âge Internet : le travail de Rao concerne les choses en devenir.
Des images de chaos, de catastrophes naturelles cèdent sous la pesanteur de la matière (comme l’encre noire sur le caoutchouc) et redeviennent chaos. Les œuvres de Rao oscillent entre illusion d’un espace profond et la tactilité de la surface. Issues d’images matricielles basées sur cette forme élémentaire qu’est le pixel, ses œuvres définissent autant qu’elles défient une forme de mutabilité. S’y affrontent encre noire sur fond noir, anfractuosités mates sur des surfaces brillantes et des images qui par porosité s’interpénètrent et s’absorbent les unes les autres, entre idée et matière. Comme la putréfaction a permis à Bernard Palissy d’établir les fondements d’une production où les images sont des objets et les objets des images, Rao injecte de l’instabilité dans le statut d’une forme originelle pour qu’elle se propage en d’autres formes, créant des lésions, ce que tout art devrait être.


Jo-ey Tang, artiste, commissaire indépendant (précédemment au Palais de Tokyo, Paris) et critique d’art (Artforum.com, Flash Art, Kaleidoscope, LEAP/Chine), 2016
, traduction Emmanuelle Day

D’infimes variations de tonalité et de texture vacillent le long des surfaces exquises des abstractions sans titre de Rao - toutes de 2015 - issues d’impressions sérigraphiques et d’excavations dans l’épaisseur même du caoutchouc, du linoléum, d’un dense papier noir ou encore de plaques de cuivre. Techniquement des impressions, elles sont aussi des traductions où le codage informatique sous forme de pixel se manifeste tel une empreinte, et c’est par ce mouvement entre deux modes que s’accroît la charge poétique.

Phil Taylor pour Artforum.com, 2015, traduction Emmanuelle Day

Les œuvres de Shanta Rao (franco-indienne, vit et travaille à Paris) évoquent la question du devenir. Des objets-sources - textuels, sonores ou plastiques - s’engouffrent dans un magma à la fois technologique et artisanal qui rejoue l'idée de l’origine et se propagent dans de nouvelles formes : des pixels agissant à la manière de particules impactent des plaques de cuivre; des aplats d’encre phagocytent des images matricielles; des fréquences hertziennes numérisées se transforment en matière molle; des gestes deviennent diagrammes puis paysages électroniques; des compositions musicales embossent, perforent des surfaces caoutchouteuses ou siliconées; des textes littéraires se font signes numéraux puis abstractions picturales.

Changement de langage, de forme, de matériau. Les passages du son ou du texte à des objets picturaux ou des installations tracent des généalogies qui s’émancipent des origines et redéfinissent l’idée de forme finie. Les œuvres de Shanta Rao sont le résultat d’une pratique artistique qui s’appuie sur les paradigmes de visibilité apparus avec l’informatique et leurs amplifications matérielles, artisanales pour la plupart. Il s’agit ici non pas d’un art numérique qui se manifesterait dans des dispositifs immatériels ou via des machines inféodées au modèle informatique mais d’une approche combinatoire qui se situe à ce point de convergence entre l’abstraction du codage numérique et des objets qui s’en affranchissent.